Depuis plus de trente ans, Passe-moi les jumelles occupe une place à part dans le paysage audiovisuel romand. L’émission ne court pas après l’actualité, elle prend le temps. Elle observe, suit des trajectoires, s’arrête sur des lieux, des gestes, des choix de vie. Une télévision qui avance à contre-rythme, et qui continue pourtant de rassembler un large public.
À la présentation aujourd’hui, Matthieu Fournier s’inscrit dans cette continuité tout en apportant sa propre lecture du format. Journaliste de formation, passé par l’actualité télévisée, il a appris à changer de posture. Ici, il ne s’agit plus d’expliquer vite, mais de laisser de l’espace. De faire confiance aux récits, aux silences, aux images. Une autre manière de raconter le réel, plus horizontale, moins démonstrative.
Dans cet échange, il revient sur son parcours, sur ce que signifie reprendre une émission aussi installée, avec son héritage et ses codes. Comment trouver la juste distance entre respect du cadre et liberté éditoriale. Comment incarner un programme sans le recentrer sur soi. Et surtout, comment préserver ce qui fait l’ADN de Passe-moi les jumelles : la curiosité sincère pour les autres.
La discussion aborde aussi la fabrication concrète de l’émission. Le choix des sujets, le temps passé sur le terrain, le rapport aux protagonistes filmés. Ce que cela implique en termes de responsabilité, d’écoute et de confiance. Montrer des fragments de vie suppose des règles claires, mais aussi une forme d’humilité face à ce qui se joue devant la caméra.
Matthieu Fournier évoque enfin le rapport au public. Une audience fidèle, exigeante, qui attend autre chose qu’un simple dépaysement. Des histoires qui résonnent, qui interrogent, sans effets appuyés. Dans un paysage médiatique saturé, Passe-moi les jumelles continue d’exister précisément parce qu’elle ne cherche pas à séduire à tout prix.
Un échange qui éclaire les coulisses d’une émission emblématique, mais aussi une certaine idée du journalisme et de la narration : prendre le temps, regarder autrement, et laisser les histoires faire leur chemin.